A Standout Session from Live from Emmet's Place: Patrick Bartley and Tivon Pennicott on "Big P"

Deux visions du même standard : Patrick Bartley et Tivon Pennicott sur « Big P » chez Emmet's Place

Retour sur l’une des sessions les plus marquantes de Live from Emmet's Place, avec les artistes Syos Patrick Bartley à l’alto et Tivon Pennicott au ténor. Le groupe y interprète « Big P » de Jimmy Heath, et chacun des deux saxophonistes propose une lecture radicalement différente du même morceau.

À l’intérieur du bec en titane SYOS En train de lire Deux visions du même standard : Patrick Bartley et Tivon Pennicott sur « Big P » chez Emmet's Place 8 minutes

Il y a un moment dans cette session où Patrick Bartley s’assoit, s’évente et reprend son souffle. Il vient de passer trois minutes et demie plongé dans un solo qui ne relâche jamais la tension. Pas une seule seconde. Lorsqu’il passe le relais, l’effort se lit sur son visage.

L’énergie est incroyable, exactement le genre de performance qui a fait la réputation de Live from Emmet's Place. Et cette session autour de « Big P » de Jimmy Heath compte parmi les moments les plus mémorables de toute la série.

« Big P » est une composition de Jimmy Heath, saxophoniste de jazz américain, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre, écrite à l’origine en hommage à son frère aîné, le contrebassiste Percy Heath. La version originale est sortie sur l’album Really Big! en 1960. Le morceau swingue, s’appuie sur le blues et dégage une élégance décontractée et naturelle.

La version d’Emmet reste fidèle à la structure du morceau, mais elle en transforme complètement l’esprit. Plus rapide, plus intense, plus brûlante. La nonchalance de l’original disparaît au profit d’une dynamique irrésistible qui pousse constamment la musique vers l’avant. Le piano d’Emmet Cohen occupe une place centrale dans l’arrangement, façonnant l’harmonie bien plus qu’il ne l’accompagne. On a l’impression que le groupe a pris la composition de Heath et l’a lancée dans un sprint.

Mais avant d’aller plus loin :

Qu’est-ce qu’Emmet's Place ?
Pour ceux qui découvrent la série, Emmet's Place est né pendant la pandémie et est rapidement devenu l’un des rendez-vous jazz les plus suivis sur Internet. Le concept s’inspire directement de la tradition des rent parties de Harlem, apparue dans les années 1920 lorsque des locataires noirs, confrontés à des loyers plus élevés et à des salaires plus faibles que leurs voisins blancs, vidaient leur salon, engageaient un groupe et faisaient payer une petite entrée afin de réunir l’argent nécessaire pour payer leur loyer.

Ces rassemblements étaient à la fois une bouée de sauvetage économique et un laboratoire musical. Ils ont contribué au développement du stride piano, du swing et, plus largement, à l’émergence du langage du jazz.

La version d’Emmet rendait hommage à cette tradition, à ceci près que le salon était désormais virtuel et ouvert à bien plus d’invités qu’aucun appartement de Harlem n’aurait pu en accueillir. Dans plusieurs interviews, Emmet Cohen a expliqué qu’il était essentiel d’étudier l’histoire, mais qu’une révérence excessive pouvait finir par figer la musique. Emmet's Place respectait les racines du jazz tout en les inscrivant pleinement dans le monde actuel, où les espaces numériques font désormais partie intégrante de la vie professionnelle des musiciens.

Pour découvrir l’histoire complète de la création de cette série, vous pouvez lire notre précédent article consacré à Live from Emmet's Place.

Le grand Benny Golson racontait un jour s’être tenu devant un club de Philadelphie avec John Coltrane, écoutant Charlie Parker jouer cinq sets de quarante-cinq minutes entre 22 heures et 2 heures du matin. Ce type d’immersion musicale a façonné des générations entières de musiciens. Emmet's Place portait ce même esprit. Les sessions de deux heures étaient fréquentes, remplies de standards, de compositions originales, de shout choruses et d’échanges complices entre musiciens. Quelque part, le prochain Coltrane regardait peut-être depuis son ordinateur portable.

Revenons à cette session.
Emmet Cohen au piano. Bruce Harris à la trompette. Patrick Bartley au saxophone alto. Tivon Pennicott au saxophone ténor. Russell Hall à la contrebasse. Joe Farnsworth à la batterie.

Deux de ces musiciens, Patrick et Tivon, sont également des artistes Syos avec leur propre bec signature. Tous deux ont été des habitués d’Emmet's Place tout au long de la série et ont marqué les amateurs de jazz par leurs prestations.

Russell, Joe et Emmet installent immédiatement le groove. La contrebasse et la batterie avancent d’un même mouvement, le piano commence à pousser l’ensemble, et dès les premières mesures, le tempo est clairement établi.

Patrick prend le premier solo. Du début du thème jusqu’aux alentours de 3 min 30, il joue avec une intensité constante. Son jeu est brûlant, incisif, toujours en mouvement. Il grimpe, redescend, développe une idée jusqu’à sa limite avant de la reprendre au dernier instant. Rien ne semble automatique. Il ne s’accorde aucun répit. À la fin de son solo, il est essoufflé et s’évente sur le canapé, preuve de toute l’énergie qu’il vient de déployer.

Vers la quatrième minute, Tivon entre en scène. Le contraste est immédiat. Là où Patrick est volcanique, Tivon privilégie la fluidité. Son jeu est posé, stable, parfaitement maîtrisé. Il ne cherche pas à rivaliser avec l’intensité de Patrick, et c’est précisément ce qui rend son approche si efficace. Il construit quelque chose qui lui appartient entièrement, mat dans le registre grave et parfaitement libre dans l’aigu. Il fait redescendre légèrement la tension avant de la reconstruire selon sa propre logique.

Bruce Harris prend ensuite le relais à la trompette autour de la sixième minute, développant son discours à partir de ce que les deux saxophonistes ont déjà installé.

Puis, vers la dixième minute, après un bref échange entre Emmet au piano et Joe à la batterie, tout le groupe revient ensemble. Cette reprise collective constitue l’un des grands moments de la session.

Beaucoup de sessions d’Emmet's Place sont excellentes, mais celle-ci mérite une place particulière grâce au contraste qu’elle met en lumière. Deux artistes Syos au sommet de leur art choisissent deux approches totalement différentes du même morceau. Patrick privilégie une approche directe et explosive, tandis que Tivon laisse davantage d’espace à la musique. Une section rythmique solide soutient ces deux visions sans jamais vaciller. Et l’ensemble du groupe maîtrise parfaitement l’art de construire puis relancer l’énergie collective.

Si vous n’avez encore jamais regardé une session complète d’Emmet's Place, celle-ci constitue un excellent point d’entrée.


À propos de Patrick Bartley
Patrick Bartley Jr. est un saxophoniste et chef d’orchestre nommé aux Grammy Awards, originaire de Hollywood en Floride et aujourd’hui installé à Tokyo. Depuis son arrivée à New York, il a joué et enregistré avec Wynton Marsalis, Jon Batiste, Emmet Cohen et Herbie Hancock, entre autres. Il est également le fondateur du J-MUSIC Ensemble, un projet qui explore la musique japonaise à travers le prisme du jazz.

Pendant quatorze ans avant de découvrir Syos, Patrick a joué sur un Meyer 6M. Son bec signature alto a été conçu pour prolonger ce son plutôt que pour le remplacer. Il associe un plafond circulaire légèrement abaissé à une chambre moyenne, ce qui lui apporte la flexibilité dont il a besoin tout en conservant une excellente projection. Comme il l’explique lui-même :

« J’adore le fait de pouvoir conserver un son chaud et doux tout en ayant la possibilité de l’éclaircir et de passer au-dessus d’un groupe électrique lorsque j’en ai besoin. C’est le bec parfait pour le type de jeu polyvalent que je recherche. »

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À propos de Tivon Pennicott
Tivon Pennicott est un saxophoniste, compositeur et multi-instrumentiste récompensé par trois Grammy Awards. Originaire de Géorgie et aujourd’hui basé à New York, il apparaît notamment sur Radio Music Society d’Esperanza Spalding ainsi que sur Liquid Spirit et Take Me to the Alley de Gregory Porter. Il a également travaillé avec Roy Hargrove, Kenny Burrell et Ari Hoenig.

Son bec signature ténor est conçu autour d’un plafond circulaire et d’une petite chambre, ce qui produit un son mat et chaleureux avec une légère résistance. Cette résistance contribue à la stabilité et au contrôle que l’on entend tout au long de cette session.

« Mon bec Syos est particulièrement confortable pour moi », explique-t-il. « Je peux accéder facilement à mon registre de suraigus tout en jouant mes notes graves en subtone avec aisance. »

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