Caleb Wheeler Curtis est un saxophoniste, trompettiste et multi-instrumentiste basé à Brooklyn, New York, largement reconnu pour son approche audacieuse et très personnelle de l’improvisation. En plus de diriger ses propres groupes et de sortir quatre albums en tant que leader, on peut l’entendre au sein du trio collaboratif Ember ou aux côtés du Captain Black Big Band du pianiste trois fois nommé aux Grammy Awards, Orrin Evans. Connu pour naviguer d’un instrument à l’autre — stritch, saxophone sopranino, trompette, saxophone ténor — parfois au sein d’un même concert, Curtis a construit son univers sonore autour de la curiosité plus que du confort. Il partage cette philosophie en profondeur dans un article en première personne publié dans le magazine DownBeat.
Longévité créative
Les musiciens doivent relever de nombreux défis pour atteindre l’excellence : énergie physique, maîtrise technique… Mais le plus grand défi est sans doute de rester engagé créativement sur le long terme. Pendant des décennies.
Curtis raconte avoir traversé, plus jeune, des périodes où il se sentait perdu, à travailler ce qu’il pensait être important plutôt que de suivre son propre chemin. Il a peu à peu compris que pour avancer durablement, il devait suivre ce qui l’intriguait. C’est cette idée qui a donné naissance à son double album The True Story Of Bears And The Invention Of The Battery, dans lequel il passe librement du stritch à la trompette, du sopranino au ténor — parfois en changeant d’instrument au milieu d’une prise, parfois en enregistrant plusieurs couches — toujours guidé par la curiosité et l’émerveillement.
Changer d’instrument lui a appris à mieux écouter, à remettre en question ses automatismes, à explorer de nouvelles facettes de sa voix musicale. Ce qui était au départ de simples expériences est devenu un pilier de son évolution. Chaque nouvel instrument a affiné son jeu sur tous les autres.
Pendant ses études à la Michigan State University, ses professeurs Diego Rivera et Wessell "Warmdaddy" Anderson lui ont transmis une règle essentielle : ne sacrifie jamais ton son.
Il s’est plongé dans la résonance, les harmoniques, la physique du son, s’inspirant des enseignements de Dr. David Demsey sur les concepts d’harmoniques de Joe Allard, des longs sons de Dewey Redman transmis par Bill McHenry, ou encore de ses échanges avec Darius Jones sur l’intention, la souplesse et la résonance.
Ce qui relie tout cela ? La volonté constante de remettre en question, d’explorer, de laisser la curiosité ouvrir la voie.
Explorer le stritch
Curtis a fini par poser la question la plus essentielle pour tout musicien :
"Quel est le son de la musique que je veux faire ?"
Les disques qui l’avaient marqué enfant, avant même qu’il ne joue d’un instrument, sont devenus ses repères. L’un des souvenirs les plus marquants : l’écoute de Bright Moments de Rahsaan Roland Kirk, enregistré en 1973. Au-delà de la musique, il est fasciné par les instruments étranges de Kirk, notamment le stritch et le manzello, porteurs de joie, d’imaginaire, d’émerveillement.
Cette fascination silencieuse a mis des années à rejaillir. Il y a une dizaine d’années, Curtis apprend que le "stritch" de Kirk est en fait un saxophone alto droit Buescher True-Tone de la fin des années 1920. Il en trouve un sans l’avoir essayé. Dès la première note, il entend un son totalement nouveau.
Adopter le stritch a clarifié sa direction artistique. Mais cela a aussi apporté son lot de défis. Il fallait sans cesse ajuster la justesse, gérer l’acoustique de la pièce, le placement des micros, l’équilibre de l’ensemble. Comparé à son Selmer Mark VI, le stritch est mécaniquement plus rude, moins ergonomique.
Mais ces contraintes l’ont recentré sur l’essentiel : le son. Le timbre, la résonance, l’impact émotionnel, l’articulation... sont devenus le cœur de son expression.
Pour lui, la question n’est pas de savoir si le stritch sonne différemment d’un alto courbe. La vraie question est : si le son n’était pas sa priorité, il choisirait l’instrument le plus facile.
Le stritch, en tant qu’instrument droit, projette le son différemment dans l’espace. Curtis devient extrêmement sensible aux matériaux, aux surfaces, à la manière dont la pièce répond. Un tapis absorbe les aigus, adoucit le son. Un sol dur les renvoie. Cela transforme son jeu, l’oblige à écouter autrement.
Petit à petit, la performance devient une conversation, non seulement avec les musiciens, mais avec l’espace lui-même.
Revenir à la trompette en tant que débutant
Le retour de Curtis à la trompette suit la même logique. Malgré les différences d’embouchure souvent redoutées, il l’aborde comme le saxophone à ses débuts : lentement, sans attentes.
Accepter de redevenir débutant a été une percée créative. La trompette perturbe ses automatismes, bouleverse la mémoire musculaire, et l’oblige à écouter au lieu de simplement jouer. Dans un groupe, cela élargit la palette sonore et émotionnelle. Un trio peut soudain sonner comme un quartet.
Comme avec le stritch, les limites techniques deviennent des leviers d’expression. Il raconte : "Mes compétences limitées me donnent accès à une autre facette de ma musicalité. Cela me pousse à jouer de façon plus délibérée, à m’appuyer sur l’écoute plutôt que sur la mémoire musculaire. C’est devenu vital pour moi, et ça a renforcé mon jeu au saxophone."
Chaque moment d’inconfort lui rappelle une règle simple : ce qui semble impossible est souvent là où commence la progression.
Découvrir le sopranino
Le saxophone sopranino a ajouté une nouvelle dimension. Après avoir entendu des artistes comme Wessell Anderson ou Ravi Coltrane repousser ses limites, Curtis déniche un prototype rare de la même époque que son stritch.
Le sopranino devient un véritable contrepoint, pas juste une extension. En trio, il peut accompagner la contrebasse, survoler la rythmique, ou explorer des registres extrêmes avec chaleur et maîtrise. Son imprévisibilité stimule la créativité.
Son setup : un bec Syos sur-mesure avec une ouverture très large, combiné à des anches d’ébêne pour clarinette Mib ultra souples (force 1). Cela lui permet d’explorer des hauteurs de notes très flexibles, de se perdre, puis de se retrouver à l’oreille. Tout accepter de l’instrument rend le processus intime et sans fin.
On peut voir Curtis alterner entre ces instruments en concert et en démonstration dans la bande-annonce de son projet The True Story of Bears and the Invention of the Battery.
Pour Curtis, chaque instrument est un rappel du risque, de la curiosité, et de la liberté de faire des choix personnels.
Chaque étui qu’il ouvre porte les traces de l’incertitude, des échecs et des découvertes qui l’ont mené jusque-là.
Après des décennies de pratique et de concerts, Curtis est plus enthousiaste que jamais à l’idée de continuer à apprendre.
Bright moments, en effet.
Chez Syos, nous croyons que chaque musicien.ne mérite la liberté de chercher son propre son.
Une conviction partagée par Caleb Wheeler Curtis, qui joue avec un bec Syos sur-mesure, intégré à un setup pensé autour de la curiosité, de la souplesse et de l’écoute, bien plus que du confort.
Vous pouvez choisir un modèle qui soutient vos objectifs sonores, une couleur qui vous inspire, et le tester librement en situation réelle.
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